Ferdinand, un chevalier des Temps Modernes

célineVoyage au bout de la nuit, paru en 1932 et premier roman de L.F.Céline, met en scène un jeune homme de vingt ans, Bardamu, qui s’engage dans l’armée et se retrouve dans les Flandres, héros malchanceux de la guerre 14/18. Réformé, il s’embarque pour l’Afrique plus pour échapper à cette « boucherie héroïque » que pour tenter sa chance dans l’exploitation du caoutchouc; mais, vaincu par le climat, il se retrouve en Amérique où, en quête d’un emploi, il se fait embaucher aux usines Ford.

Rentré en France et devenu médecin, le voici installé en banlieue parisienne à la Garenne-Rancy. Cette seconde partie du roman s’ouvre par l’évocation des banlieusards emportés dans les tramways «qui descendaient vers le boulot».

La quête anxieuse d’un emploi pour ceux qui n’en ont pas, la peur de le perdre pour ceux qui ont la chance d’en avoir un, la dureté des patrons, maitres du jeu social, tout cela encore – ou surtout- aujourd’hui apparait d’une bouleversante actualité:

«La lente angoisse du renvoi sans musique, toujours si près des retardataires (avec un certificat sec) quand le patron voudra réduire ses frais généraux. Souvenirs de Crise» à fleur de peau, de la dernière fois sans place, de tous les Intransigeant qu’il a fallu lire, cinq sous, cinq sous… des attentes à chercher du boulot…».

Mort à crédit, paru en 1936, raconte la petite enfance et l’adolescence de Ferdinand derrière lequel nous devinons, transposée, la vie de l’auteur lui-même. Les thèmes sociaux et économiques que l’auteur avait esquissés dans Voyage se retrouvent dans ce roman de 600 pages dont un tiers est consacré à nous montrer Ferdinand en quête d’un emploi.

Si Bardamu quittait la terrasse de son café place Clichy pour ˝entrer ˝ dans la guerre, c’est-à-dire dans le royaume de la Mort, Ferdinand, lui, sort de son enfance pour « entrer dans la vie », c’est-à-dire dans l’Enfer social.

Un préalable à cette entrée : le certificat d’études. Ferdinand, comme les autres gamins, se soumet au rite de passage sous l’œil de l’examinateur désabusé qui devinant sa peur d’être refusé le rassure:

« Tout ça n’a pas d’importance ! Moi je vais vous recevoir! Vous y entrerez dans la vie ! Puisque vous y tenez tant que ça!».

C’est alors que les paroles de l’examinateur, agissant à la manière d’un révélateur, lui font deviner ce qui se dissimule sous cette expression apparemment anodine:

«Depuis qu’il m’avait dit ces mots à propos d’entrer dans la vie, je les regardais les petits compagnons, comme si jamais je les avais vus… L’angoisse d’être reçus, les coinçait contre la table. Ils se tortillaient comme dans un piège.
C’était ça rentrer dans la vie ? Ils essayaient dans l’instant même, de s’arrêter d’être que des mômes… Ils faisaient des efforts de figure, pour déjà prendre des allures d’hommes…».

Pour être membre à part entière de la comédie sociale, il faut choisir son rôle, celui d’adulte et reléguer prématurément son enfance au rayon des accessoires.

De retour à la maison Ferdinand est accueilli par son père:

«Tu vas entrer dans la vie… L’avenir est à toi!… Si tu sais prendre le bon exemple!… Suivre le droit chemin… Travailler!… Peiner!…»

Ces paroles prononcées d’un ton grave sonnent comme un adoubement verbal, tant il est vrai que Ferdinand entre dans la vie comme on entre en lices, prêt à livrer un combat qui, à la différence des joutes chevaleresques, loin de ne durer qu’un instant et de conduire à la gloire, s’étire sur des mois, des années, et conduit souvent au désespoir et à l’avilissement.

Ferdinand, ce chevalier d’une miteuse épopée!
Ferdinand, ce chevalier en quête du Graal de l’ère industrielle: le boulot!
Mais qui dit entrer dans la vie dit équipement. Ferdinand va donc acquérir la tenue indispensable à quiconque prétend à un emploi:

«Au « Prince Régent» devant les Halles, c’était la maison centenaire… […] On est passés ensuite en face aux «Classes Méritantes» Confections… On a profité des soldes, fallait finir de m’équiper».

Après un premier essai qui se solde par un échec, Ferdinand qui a usé son premier équipement est dans l’obligation de le renouveler:

«On m’a équipé à nouveau, pour me rendre plus séduisant. Je devenais coûteux comme un infirme. J’avais usé tout mon complet… J’avais traversé mes tatanes…».
« Nous étions encore au mois d’août, je fus équipé pour l’hiver…».

Cette question de l’équipement en vue de trouver un emploi se pose d’une façon dramatique au fil des pages, car elle suppose un investissement au dessus des moyens de la famille:

«Ça faisait un terrible sacrifice!… […] Ma mère avait pas dit les sommes que ça coûterait au ménage pour m’équiper… de pied en cap… C’était un total fabuleux par rapport à nos moyens… On a raclé les fonds de tiroirs…».

Car là repose l’incontournable paradoxe auquel se voit confronté le jeune en quête d’un premier boulot : dépenser réellement de l’argent pour virtuellement en gagner grâce à l’hypothétique obtention d’un emploi!

Aujourd’hui à l’achat de vêtements s’ajoutent les frais engagés pour obtenir son permis de conduire, ceux pour l’achat d’une voiture qui permettra de se présenter à son éventuel employeur ; et à la lecture de L’Intransigeant s’est substituée celle des annonces publiées sur Internet, ce qui suppose que tout demandeur d’emploi ait à sa disposition un ordinateur pour envoyer ses multiples C.V, car il s’agit de savoir se vendre.
Dans Mort à crédit la mère de Ferdinand assure la promotion de son fiston:

«Elle me proposait gentiment… Comme un ustensile en plus…».

Elle fait l’article, fournit les références, précise les antécédents familiaux ; une sorte de C.V oral qui anticipe sur les pratiques d’aujourd’hui:

«Vous n’auriez pas des fois besoin d’un tout jeune représentant ? Monsieur… C’est moi, la maman, J’ai tenu à l’accompagner… Il ne demande qu’à bien faire… C’est un jeune homme très convenable. D’ailleurs, rien n’est plus facile, vous pouvez prendre vos renseignements… Nous sommes établis depuis douze années, Passage des Bérésinas… Un enfant élevé dans le commerce !… Son père travaille dans un bureau à la Coccinelle-Incendie…».

En quoi consiste donc l’équipement de pied en cap de Ferdinand?
Nous passons sur les pantalons (« Elle m’a payé trois pantalons »), sur le veston, la chaine de montre, tout en notant que Ferdinand agrémente son veston d’un brassard : « je gardais aussi mon brassard, le deuil de Grand-mère».

Le chevalier du Moyen Age arborait les couleurs de sa dame, Ferdinand symboliquement parait ainsi rester fidèle au serment fait à sa grand-mère sur son lit de mort:

«Travaille bien mon petit Ferdinand!» qu’elle a chuchoté…».
Venons-en aux autres accessoires. Ferdinand évoque son «pesant veston», son haubert à lui, en quelque sorte, auquel s’ajoute, lui tenant lieu de heaume, «le canotier renforci… il pesait bien ses deux livres».

Les chaussures et le col dur en celluloïd constituent encore deux éléments aussi indispensables à Ferdinand que le destrier ou le heaume du chevalier du Moyen Age!

Les chaussures d’abord sans lesquelles Ferdinand ne pourrait se déplacer rapidement et verticalement en grimpant les sept étages du magasin Berlope ou horizontalement à travers les rues de Paris pour présenter ses échantillons de bijouterie.

«Dans le commerce, bien représenter c’est tout à fait essentiel.[…] Sur les chaussures, vous êtes jugés!…Ne pas faire pauvre pour les arpions!…».

Dans la suite du récit les chaussures seront désignées par les mots tatanes ou grolles, le registre argotique succédant au registre normal, comme pour montrer la dégradation du réel : la chaussure en ˝s’incarnant ˝dans les pieds de l’acquéreur perd de son idéalité fallacieuse au profit de ce qu’elle est véritablement : un instrument de torture; de la même façon que le « col extra rigide en celluloïd» se changera en un « carcan».

Pendant plus de 160 pages Ferdinand déclinera pour le lecteur ce martyrologue fait des souffrances engendrées par ces «formes féroces et pointues… «bec de canard » genre habillé. Les ongles vous rentrent tous dans la viande, c’est le moignon d’Élégant! […]
«[…] le bout me faisait un mal terrible surtout arrivé sur le soir, ils devenaient comme des vrais tisons».
«À force de piétiner l’asphalte, j’avais les nougats en tisons…».

Quel paradoxe, quand le moyen (les chaussures) en vue d’atteindre une fin (le boulot) se révèle un obstacle qui compromet le succès de l’opération!

Tout doit alors être mis en œuvre pour soulager les nougats et leur permettre d’endurer un supplice presque aussi terrible que celui des brodequins au Moyen Age. Chez Berlope Ferdinand s’efforce d’échapper à la vigilance de sa hiérarchie, pour retirer un instant ses chaussures:

«[…] je profitais dans la réserve pour ôter un peu mes tatanes, je faisais ça aussi dans les chiots quand y avait plus personne. […] Je me trissais dans une autre planque, ailleurs, faire respirer mes «nougats». Je me les passais au robinet».

Plus tard, toujours en quête d’un emploi, et donc condamné à arpenter sans relâche les rues de Paris, il suit, pour atténuer sa souffrance, le conseil d’un autre martyr, «un garçon de café qui souffrait de ses arpions encore davantage que moi… Ses pompes lui faisaient souvent si mal, qu’il se versait des petits morceaux de glace à même les godilles… Je l’ai essayé moi son truc… Ça fait du bien sur le moment, seulement après c’est encore pire».
Où se tourner dès lors pour trouver de l’aide, sinon vers la Religion?

«À Notre-Dame-des-Victoires dans le pourtour des petites chapelles, à gauche en entrant… L’endroit était frais au possible… Les dalles c’est bon pour les pompes…Ça rafraîchit mieux que tout… Je me déchaussais en douceur…».

Ainsi le soulagement apporté par l’Église n’est pas d’ordre spirituel, car il n’émane pas d’en haut, mais se situe à ras de terre, dans la fraicheur du pavement!

Quant au «col extra-rigide, en celluloïd» indispensable au demandeur d’emploi, il est la matérialisation de l’angoisse qui étreint Ferdinand, le prend à la gorge; il est aussi le symbole de l’asservissement social. Celui-ci l’enlève aussi souvent que ses chaussures:

«[…] j’enlevais quand c’était fini, non seulement mon pesant veston, mais encore mon celluloïd, l’extra-résistant, c’était un vrai truc de chien et puis ça me foutait des boutons».
«Mon col, je l’enlevais une fois de plus, il me laissait une marque terrible, une toute cramoisie…».

Comment ce «truc de chien», cette «marque terrible ne nous rappelleraient-ils pas « le cou du chien pelé» de la fable de La Fontaine ? Ces souliers qui entament les pieds, ce col carcan qui enserre le cou sont-ils autre chose que la métaphore du travail ? Travail ne vient-il pas du bas latin Tripalium (instrument de torture)?

Mais l’équipement de Ferdinand, aussi soigné soit-il, ne constitue pas une armure qui le garantirait des attaques des ennemis qui vont se dresser sur un chemin au terme duquel il espère obtenir un boulot.

Tel Lancelot qui doit affronter bien des épreuves, vaincre des personnages maléfiques (nains, demoiselles entreprenantes), Ferdinand rencontre, lui aussi, des êtres disgraciés ou tentateurs, attachés à sa perte.

Embauché à l’essai dans la maison «M. Berlope, Rubans Garnitures, rue de la Michodière», Ferdinand, dès les premiers jours, se voit persécuté par M.Lavelongue, le chef du personnel. Ce Lavelongue nous est présenté comme un être difforme («Il était bossu»), pourvu d’un don inquiétant, celui d’ubiquité («Quand on le croyait encore loin, il était à un fil de vous»). Bref, « la crème des salopes […] Une vraie infection…».

Tel une Érinye s’acharnant sur sa victime pour lui faire expier son crime, Lavelongue poursuit de sa vengeance Ferdinand coupable d’avoir été embauché directement par le patron sans passer par lui. Tout entier à sa proie attaché, il n’aura de cesse de traquer Ferdinand qu’il débusquera en train de narrer au petit André des histoires de chevalerie:

«Le Roi Krogold est devant la porte…Il se dresse sur ses étriers… On entend cliqueter mille armures… Les chevaliers qui traversent tout le faubourg Stanislas…».

Ces histoires reprennent en écho celles du début du roman où le narrateur évoque pour Mireille «Un brelan de chevaliers tout bardés d’armures damasquinées…» ; où, en proie à la fièvre, il voit «des splendides tournois qui se déroulent au plafond…».

Dans Mort à crédit l’équipée chevaleresque se joue sur le plan de l’imaginaire : le royaume du Roi Krogold, c’est le royaume de l’enfance et de la féerie, où n’entrent que Ferdinand et le petit André. La seule apparition de Lavelongue, cet adulte castrateur («C’est ça que vous appelez du travail?… A vous branler dans tous les coins!») suffit à le détruire. Chassé du plan de l’imaginaire pour tomber dans celui de la réalité, Ferdinand n’est plus alors qu’un double dégradé et grotesque du chevalier médiéval, à la façon dont Sganarelle ne sera jamais que le double pitoyable et ridicule de Don Juan!

A l’intérieur du magasin, Ferdinand est en butte à la méchanceté des autres employés qui vont le dénoncer à Lavelongue, quand il ôte ses tatanes ; qui lui nuisent «à coups de ragots bien pernicieux…». Il doit aussi se méfier des « coursières », transpositions modernes de ces ˝demoiselles entreprenantes˝ que rencontrait Lancelot:

«Elles se mettaient quelquefois le pied en l’air exprès sur un escabeau pour qu’on vise la motte. Elles se trissaient en ricanant… Une comme je passais, elle m’a montré ses jarretelles… Elle me faisait des bruits de suçons…».

Et c’est pour n’avoir pas su résister à une tentation d’ordre sexuel que Ferdinand perdra son second emploi à la bijouterie Gorloge, rue Elzévir.

A nouveau équipé d’un autre complet, d’une « neuve paire de tatanes, des chaussures Broomfield, la marque anglaise, aux semelles entièrement débordantes, de vrais sous-marines renforcées. », le voici devenu placier en bijouterie, lesté d’une valise à échantillons : « Quinze kilos !… Elle en pesait au moins le double… ».

Son travail ? C’est par une figure de style ironique –le zeugma – que notre narrateur- chevalier l’exprime : «Je fonçais sur Paris tout de suite armé de mon zèle et des «kilos » d’échantillons…».

Il doit trimballer cette collection « De la Bastille à la Madeleine… Des grands espaces à parcourir… Tous les boulevards… Toutes les bijouteries, une par une… Sans compter les petites rues transverses… ». A Lancelot traversant des landes maléfiques répond Ferdinand traversant les espaces urbains.

Il est à noter que dans Mort à crédit les aventures de Ferdinand, dès l’enfance, puis à l’adolescence dans sa recherche d’un emploi ou enfin dans l’accomplissement de son travail sont placées sous le signe de la précipitation, de la hâte. Le verbe presser revient souvent dans la bouche du narrateur:

«[…] tellement j’ai été pressé tout le long de ma jeunesse. « Comme défaut en plus j’avais toujours le derrière sale, je ne m’essuyais pas, j’avais l’excuse, on était toujours trop pressés».

Quant à Courtial des Perieres, le directeur du Genitron, qui vit dans un mouvement perpétuel, ce n’est pas lui qui permettra à Ferdinand de décompresser. Ne compte-t-il pas parmi les projets d’inventions le «fromage en poudre» et… «le café-crème comprimé»!

Le verbe latin premere, pressi, pressum a le sens général de «exercer une pression su ». Cette pression prend effet tant dans l’espace que dans le temps. Déjà dans Voyage au bout de la nuit le narrateur évoquait les tramways emportant «Les jeunes [qui] semblaient même contents de s’y rendre au boulot. Ils accéléraient le trafic», ajoutant, quelques lignes plus loin, « Comprimés comme des ordures qu’on est dans la caisse en fer […] Les ordures sont faites, on le sait, pour être compressées, compactées!

Cette pression s’exerce aussi et surtout sur l’axe du Temps: Ferdinand est toujours sous pression, toujours dans la crainte de n’être pas dans les temps; il n’a pas le droit de prendre son temps, puisqu’il lui a été confisqué, puisqu’on le lui a compacté! Au-delà du cas individuel cette précipitation prend sur le plan collectif une valeur prophétique, annonçant avec un siècle d’avance une époque, la nôtre, comme nous le voyons dans l’épisode où le petit Ferdinand en compagnie de sa grand-mère visite l’Exposition Universelle de 1900:

«A la place de la Concorde, on a été vraiment pompés à l’intérieur par la bousculade. […] On a défilé, toujours plus pressés les uns dans les autres».
Bel exemple où le narrateur joue sur la double valeur (spatio-temporelle) du verbe presser.

On assiste ainsi à une véritable tyrannie du Temps, celle qu’imposent les adultes et, plus généralement, le monde du travail au jeune Ferdinand.

A force de cavaler, de parcourir en vitesse les rues de Paris, pour proposer ses échantillons de bijouterie, la chance semble enfin lui sourire en la personne d’un chinois qui lui commande la copie en or d’une petite statue de Bouddha exposée dans une vitrine du musée Galliera et qui lui remet deux cents francs pour l’achat du précieux métal:

« ÇAKYA-MOUNI, ça s’appelait… Le Dieu du Bonheur!…».

Cette statuette montée en épingle et confiée à la garde de Ferdinand ne sera pas pour lui Le Dieu du Bonheur, mais celui du Malheur. Malgré ses précautions, malgré les épingles avec lesquelles il fixait le bijou au fond de sa poche, il tombera dans le piège tendu par sa patronne. Celle-ci est décrite par le narrateur comme une force de la nature:

«Elle s’écrasait les nichons contre l’établi, elle était dodue de partout, des rototos magnifiques… Ça débordait de son tablier, elle se cassait des noix à pleines poignes… de très haut, d’un coup colossal, à fendre tout le meuble en longueur».

Elle est décrite par le petit apprenti comme un monstre guettant sa proie:

«Il paraît qu’elle avait des cuisses comme des monuments, des énormes piliers, et puis alors du poil au cul, tellement que ça remontait la fourrure, ça lui recouvrait tout le nombril…».

Enfermé dans la chambre, Ferdinand doit subir les assauts répétés de cette ogresse («C’était une vampire…»). Transformé en cochon, mais en cochon soumis, par cette Circé («Oh ! là ! là ! le petit cochon!…Chéri petit cochon!…»), il n’est plus dans ses griffes qu’un simple objet sexuel («Elle m’agrafe par les oreilles… elle me force à me courber»).

Au terme de cette bacchanale, Ferdinand se retrouve dans la rue et s’aperçoit qu’il a perdu dans ses ébats son pucelage et son bijou, le second n’étant que la métaphore du premier.

Après ces échecs Ferdinand partira quelques mois en Angleterre tant pour s’éloigner de sa famille que pour tenter d’obtenir, à son retour, une place dans le commerce par la maitrise d’une langue étrangère.

Rentré d’Angleterre, il se remet donc en quête d’un emploi, mais sans rencontrer le succès attendu:

« […] mais je trouvais toujours pas une place… Je rentrais chaque fois à la maison, Gros-Jean comme devant… ».

Comment ne pas ressentir le désespoir en face d’employeurs qui en viennent même à vous reprocher votre âge, qui vous refusent le droit légitime à une place dans l’échelle du Temps:
«Comme apprenti, ils me refoulaient, j’avais déjà dépassé l’âge… Comme véritable employé je faisais encore beaucoup trop jeune…».

Devant son échec et après une bagarre avec son père, il sera pris en charge par son oncle. Renonçant à trouver un travail dans le commerce, il deviendra l’homme à tout faire de Roger-Martin Courtial des Pereires. Nouvel emploi, dernier et terrible échec que symbolise le suicide de son employeur.

Aux dernières pages du roman c’est un Ferdinand détruit tant psychologiquement que moralement qui, parvenu au bout du désespoir, ne songera qu’à partir pour s’engager dans l’armée, malgré les moqueries de son oncle:

«Tu voudrais pas être cuirassier?… Gras à lard comme te voilà, tu ferais pas mal sur un cheval! Ils te verraient plus dans ta cuirasse!…».

Piteux et ridicule chevalier en quête d’un emploi dans le roman, Ferdinand redevenu Louis. Ferdinand Destouches s’engage dans l’armée. Maréchal des logis du 12°régiment de cuirassiers, il aura fière allure en 4° de couverture de L’Illustré National fonçant sur son destrier et portant casque et fusil!
De la Chevalerie à la Cavalerie.

Serge Kanony, né en 1940 à Albi (France). Agrégé de lettres classiques a enseigné en lycée le français, le latin et le grec et le latin à l’antenne universitaire de Toulouse-le Mirail d’Albi.
A publié deux essais: D’un Céline et d’autres; Proust, Baudelaire, Rousseau… Éditions L’Harmattan, 2010; Céline? C’est ça!… (Préface d’Eric Mazet), Le Petit Célinien Editions, 2012.

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